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Mois de l’histoire des femmes : mener le changement et façonner un avenir durable

01 octobre 2026 | Me Arielle Reeves-Breton, pour le Forum des femmes juristes de l’ABC-Québec

Chaque mois d’octobre, le Canada célèbre le Mois de l’histoire des femmes, une occasion de reconnaître les femmes dont le leadership, la détermination et l’esprit d’innovation ont façonné notre histoire et continuent de transformer notre société.

Mais se souvenir du chemin parcouru, c’est aussi regarder vers l’avenir. C’est collectivement se demander : Quels changements voulons-nous contribuer à rendre durables dans notre société? Et quel rôle pouvons-nous, comme juristes, jouer dans leur réalisation?

Le Mois de l’histoire des femmes : célébrer les avancées, sans perdre de vue le chemin à parcourir

En 1992, le gouvernement du Canada a désigné le mois d’octobre comme le Mois de l’histoire des femmes. Depuis, ce mois constitue un moment privilégié pour faire connaître les contributions des femmes à l’histoire canadienne et mettre en lumière des modèles de leadership. En mettant ces modèles en lumière, le Mois de l’histoire des femmes vise notamment à inspirer les générations futures et encourager les filles et les jeunes femmes à s’imaginer elles aussi comme leaders et agentes de changement. 

Célébrer le Mois de l’histoire des femmes, c’est également l’occasion de rappeler que les avancées réalisées ne signifient pas que l’égalité est acquise. Les femmes continuent à face à des inégalités : l’écart salarial, la sous-représentation dans les postes de leadership ainsi que les obstacles dans l’accès au marché du travail et la progression professionnelle.

Le Mois de l’histoire des femmes nous invite donc à reconnaître le chemin parcouru tout en réfléchissant à celui qu’il reste à tracer.

Mener le changement : les femmes façonnent un avenir durable

Pour 2026, la National Women’s History Alliance (« NWHA »), un organisme américain à but non lucratif apolitique voué à la reconnaissance et à la préservation de l’histoire des femmes, propose le thème « Leading the Change: Women Shaping a Sustainable Future », que l’on pourrait traduire par Mener le changement : les femmes façonnent un avenir durable.

Ce thème célèbre les femmes qui, hier comme aujourd’hui, repensent et reconstruisent nos systèmes afin de les rendre durables à long terme, que ce soit sur le plan environnemental, économique, éducatif ou social. Il reconnaît leur leadership dans la construction d’un avenir fondé sur l’équité, la justice et l’égalité des chances. De la défense de l’environnement aux réformes économiques, de la mobilisation communautaire à l’innovation en matière de politiques publiques, les femmes participent à des transformations qui répondent non seulement aux défis d’aujourd’hui, mais qui contribuent aussi à jeter les bases d’un avenir durable, plus résilient et inclusif.

Cette vision élargit ainsi notre compréhension de la durabilité. Façonner un avenir durable ne signifie pas seulement protéger l’environnement. La durabilité concerne aussi la solidité de nos communautés et de nos institutions, la justice économique et l’équité intergénérationnelle. Autrement dit, un avenir véritablement durable repose sur des systèmes qui permettent à la fois aux personnes et à la planète Terre de prospérer.

Cette réflexion prend une importance particulière dans le contexte actuel, où nous sommes confrontés à plusieurs défis se chevauchant : changements climatiques, insécurité économique, inégalités en matière de santé, menaces à la participation démocratique, etc. Ces enjeux ne sont pas isolés les uns des autres. Ils peuvent se renforcer mutuellement et leurs conséquences peuvent être ressenties plus fortement par les femmes, particulièrement celles issues de communautés marginalisées. Or, comme le souligne le thème de la NWHA, les femmes ne sont pas uniquement touchées par ces défis : elles sont aussi à l’avant-garde de la recherche et de la mise en œuvre de solutions durables.

Le thème Mener le changement : les femmes façonnent un avenir durable rejoint la vision du Programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations Unies (« 2030 Agenda for Sustainable Development »), adopté en 2015. Le développement durable consiste à répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. Les 17 objectifs de développement durable des Nations Unies couvrent trois grandes dimensions : économique, sociale et environnementale.

Parmi ces 17 objectifs, l’ « Objectif 5 : Parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles » occupe une place essentielle. Il vise notamment à mettre fin aux différentes formes de discrimination envers les femmes et les filles partout dans le monde, à l’égalité des chances en matière de leadership à tous les niveaux de la prise de décision dans la vie politique, économique et publique, ainsi qu’à adopter et renforcer des politiques et des lois favorisant l’égalité et l'autonomisation de toutes les femmes à tous les niveaux.

Les Nations Unies le soulignent : il ne peut y avoir de véritable développement durable si la moitié de l’humanité demeure privée de la pleine jouissance de ses droits et de ses possibilités.

Pour les juristes, ceci revêt une importance particulière. Le droit peut consacrer des inégalités, mais il peut aussi devenir un levier puissant pour les démanteler. L’histoire des droits des femmes au Québec et au Canada offre de nombreux exemples de femmes qui ont mené le changement en contestant des lois discriminatoires, en revendiquant de nouveaux droits et en transformant des institutions, contribuant ainsi à faire progresser l’égalité des sexes et à bâtir une société plus juste et durable. 

Des femmes Québécoises qui ont façonné un avenir plus égalitaire

Au Québec, des femmes de toutes les générations ont mené le changement dans notre société en remettant en question des lois, des pratiques et des institutions, et ce, par le droit, la politique, le militantisme ou l'action communautaire.

Thérèse Casgrain (1896-1981) : Figure incontournable de l’histoire politique québécoise, Thérèse Casgrain a joué un rôle de premier plan dans la longue campagne ayant mené à l’obtention du droit de vote des femmes au Québec. Première femme élue à la tête d’un parti politique au Canada, elle a mené une longue carrière politique au cours de laquelle elle a combattu énergiquement les injustices sociales, économiques et politiques qui touchent tant les femmes que les hommes. Son parcours rappelle que les droits des femmes aujourd’hui tenus pour acquis sont souvent le résultat de décennies de mobilisation.

Léa Roback (1903-2000) : Née à Montréal et ayant grandi à Beauport dans la seule famille juive du village, Léa Roback a conjugué féminisme et syndicalisme. Elle a milité aux côtés de Thérèse Casgrain pour le suffrage féminin, participé à l’organisation des personnes sans emploi à Montréal et contribué à l’organisation syndicale des travailleuses du vêtement. Elle a notamment contribué à la création de l’Union internationale des ouvriers du vêtement pour dames et a dirigé une grève de 5 000 travailleuses. Son engagement rappelle que l’égalité entre les genres est indissociable de la justice économique et des conditions de travail.

Mary Two-Axe Earley (1911-1996) : Femme mohawk de Kahnawà:ke, au Québec, Mary Two-Axe Earley a milité pendant environ vingt ans contre les dispositions sexistes de la Loi sur les Indiens qui privaient notamment une femme autochtone de son statut lorsqu’elle épousait un homme n’ayant pas ce statut. Son militantisme a contribué aux changements législatifs de 1985, qui ont permis à des milliers de femmes et d’enfants autochtones de recouvrer des droits qui leur avaient été retirés, incluant de vivre dans les réserves, d'y posséder des terres et d'y être enterrés. Son histoire démontre avec force que changer la loi peut changer des vies.

Claire L’Heureux-Dubé (1927-)

Née à Québec et diplômée en droit de l’Université Laval, Claire L’Heureux-Dubé a été juge à la Cour suprême du Canada de 1987 à 2002, après avoir siégé à la Cour supérieure du Québec et à la Cour d’appel du Québec. Lors de sa nomination en 1987, elle est devenue la première femme Québécoise à siéger à la Cour suprême du Canada et seulement la deuxième femme de l’histoire à accéder au plus haut tribunal du pays (NDLR : Bertha Wilson fût la première femme à siéger à la Cour suprême du Canada). Au cours de sa carrière judiciaire, elle a accordé une attention particulière aux questions d’égalité et à la manière dont le droit tient compte de la réalité vécue par les femmes et les groupes historiquement défavorisés. Sa jurisprudence et ses travaux ont notamment abordé l’égalité, la violence faite aux femmes, les stéréotypes et l’accès à la justice. Son parcours illustre avec force le rôle que peuvent jouer les juristes et les institutions judiciaires dans l’évolution du droit. Son parcours illustre aussi que de faire progresser l’égalité, c’est aussi reconnaître les effets concrets des règles de droit et contribuer à ce qu’elles répondent plus justement aux réalités de notre société.

Thérèse Dallaire-Laplante (1931-2024) : Défenseure des droits des femmes, Thérèse Dallaire-Laplante a fondé Carrefour pour Elle, la toute première maison d'hébergement pour femmes et enfants qui vivent la violence, qui a ouvert ses portes en 1975. L’organisme est devenu un modèle pour d’autres maisons d’hébergement au Québec. Tout au long de sa carrière, elle a soutenu des causes féministes et humanitaires, touchant notamment la prestation de services essentiels aux femmes en difficulté, et en fondant des organismes voués à la santé mentale, au soutien aux parents seuls et aux sans-abris. Son parcours montre que bâtir un avenir durable, c’est aussi créer des institutions capables de protéger, d’accompagner et de redonner du pouvoir aux personnes qui en ont besoin.

Maria Barile (1953-2013) : Pendant plus de trente ans, Maria Barile a défendu les droits des personnes en situation de handicap, en portant une attention particulière à la double oppression vécue par les femmes en situation de handicap. Elle a été l’une des fondatrices du Réseau d’action des femmes handicapées du Canada et d’Action des femmes handicapées de Montréal. Elle a également œuvré dans le domaine des technologies adaptatives, de l’enseignement postsecondaire, de l’accessibilité universelle et du développement durable. Son travail nous rappelle qu’une égalité véritable doit tenir compte de la pluralité des expériences vécues par les femmes.

Gabrielle Bouchard (1968-): Ancienne présidente de la Fédération des femmes du Québec, Gabrielle Bouchard a été la première femme trans à diriger l’organisme. Féministe et défenseure des droits des personnes trans, elle a notamment œuvré pour mettre fin à l’exigence de stérilisation imposée aux personnes trans dans le cadre de la reconnaissance juridique de leur identité au Québec. Son parcours témoigne de l’évolution des luttes pour l’égalité et de la nécessité de continuer à interroger les règles et les institutions qui créent ou perpétuent l’exclusion.

Toutes ces femmes ont, à leur manière, contribué à instaurer des changements durables au Québec et au Canada en faveur de l’égalité des sexes et de l’avancement des droits des femmes.

À notre tour de mener le changement

Ces femmes n’ont pas toutes emprunté la même voie. Certaines ont contesté des lois discriminatoires, d’autres ont revendiqué de nouveaux droits, organisé des travailleuses, transformé le débat public ou créé des institutions qui existent bien au-delà de leur propre engagement.

Elles ont toutefois quelque chose en commun : elles ont refusé de considérer les injustices de leur époque comme inévitables.

Comme juristes, nous travaillons au cœur de systèmes qui structurent les droits, les obligations et les rapports de pouvoir. Nous avons donc, chacun et chacune à notre façon, la possibilité de contribuer à leur évolution, que ce soit dans notre pratique, nos organisations, nos décisions, notre mentorat, nos prises de parole ou dans les causes dans lesquelles nous choisissons de prêter notre expertise.

L’histoire nous montre que le changement durable ne se produit pas seul. Il est porté par des personnes qui choisissent d’agir. À nous maintenant de nous reconnaître parmi elles et de continuer à mener le changement.

 

 

Sources

Gouvernement du Canada — Mois de l’histoire des femmes
https://www.canada.ca/fr/femmes-egalite-genres/commemorations-celebrations/mois-histoire-femmes.html

Conseil du statut de la femme — Les Québécoises au cœur de l’histoire
https://csf.gouv.qc.ca/article/2019/10/01/les-quebecoises-au-coeur-de-lhistoire/

National Women’s History Alliance
https://nationalwomenshistoryalliance.org/

National Women’s History Alliance — 2026 Women’s History Month Theme
https://nationalwomenshistoryalliance.org/wp-content/uploads/2026-WHM-Theme-1-page.pdf

National Women’s History Alliance — 2026 Theme Toolkit
https://nationalwomenshistoryalliance.org/wp-content/uploads/NWHA-2026-Theme-Toolkit.pdf

Nations Unies — What is Sustainable Development?
https://www.un.org/sustainabledevelopment/blog/2023/08/what-is-sustainable-development/

Nations Unies — Programme de développement durable à l’horizon 2030
https://www.un.org/sustainabledevelopment/development-agenda/

Nations Unies — Objectifs de développement durable
https://www.un.org/sustainabledevelopment/

Nations Unies — Transformer notre monde : le Programme de développement durable à l’horizon 2030
https://sdgs.un.org/2030agenda

L’Encyclopédie canadienne — Thérèse Casgrain
https://thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/therese-casgrain

Gouvernement du Canada — Femmes d’influence en droits de la personne
https://www.canada.ca/fr/femmes-egalite-genres/commemorations-celebrations/femmes-influence/droits-personne.html

Cour suprême du Canada — L’honorable Claire L’Heureux-Dubé

https://www.scc-csc.ca/fr/about-apropos/judges-juges/list-liste/claire-lheureux-dube/  

Gouvernement du Québec — « La Journée internationale des femmes : parcours de pionnières »

https://www.quebec.ca/nouvelles/actualites/details/la-journee-internationale-des-femmes-parcours-de-pionnieres 

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